Bugatti Divo :%% Alsace Breakdown…

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«Rien n’est trop beau, rien n’est trop cher». Davantage que l’immémorial radiateur en forme de fer à cheval, c’est cette maxime, attribuée à Ettore Bugatti, fondateur de la firme de Molsheim, qui incarne l’esprit de la marque et celui de sa dernière merveille en date, la phénoménale Divo, extrapolée de la non moins phénoménale Chiron.

Limitée à 40 exemplaires, tous vendus en un rien de temps à des propriétaires de modèles passés et contemporains de la marque nonobstant un tarif dont un maître ès euphémismes dirait qu’il est salé (ce à quoi une personne à peine moins mesurée pourrait rétorquer qu’il est «Rabat également, wa ma jawarahouma»…), la nouvelle hypercar alsacienne ferait presque passer la Chiron, commercialisée à moins de trois millions d’euros, pour une sportive low cost (un champion du monde de l’hyperbole, l’exagération a pris le relais, apparemment !).

Asseyez-vous, respirez profondément et préparez-vous psychologiquement à un gros choc : la Divo coûte la «bagatelle» de 5 millions d’euros. Elle se contente pourtant d’une légère cure d’amincissement et de quelques améliorations aérodynamiques. Heureux qui comme Molsheim peut se permettre de facturer plus de deux millions d’euros la p’tite prépa’ sur base de Chiron ! Ettore Bugatti nous avait prévenus : «Rien n’est trop beau, rien n’est trop cher». La Divo participe de cet état d’esprit, de cette doctrine. La Veyron 16.4, puis la Chiron, ont placé la barre très haut avec leurs lignes lascives, leur intérieur babylonien, leurs quatre roues motrices, leur W16 de 8 litres et leur prix démentiels, etc. Lancée en 2016, la Chiron développe une puissance de 1 500 ch, un couple maxi de 1 600 Nm et présente un rapport poids-puissance de 1,3 kg/ch.

Faire l’article des qualités de cette proverbiale Chiron, ou encore de la Chiron Sport, version affûtée présentée en mars dernier à Genève, est vain. Il est de notoriété publique qu’elles tutoient les sommets en termes de beauté, de perfs et de cherté ! Seulement, aussi sommitales soient-elles, il semblerait qu’elles laissent sur leur faim les «happy few». C’est à ce club très fermé de clients blasés de la marque que s’adresse cette divine Divo.

Négociante en virages

Présentant scrupuleusement la même puissance que la Chiron et la Chiron Sport, elle s’en distingue en ne plaçant pas la vitesse pure comme objectif prioritaire. Sa v-max est inférieure de 40 unités à celle du modèle «normal», crédité, pour rappel, d’une vitesse de pointe de 420 km/h. Son kiff à elle, c’est le virage plutôt que la ligne droite, à en croire Stephan Winkelmann, président de Bugatti : «Le bonheur n’arrive pas après le virage : le bonheur, c’est le virage. La Divo est faite pour avaler les courbes».

Rendant hommage, à l’instar de celles de ses devancières qui sont nées sous pavillon Volkswagen, à un ancien pilote français de renom (Albert Divo, qui remporta la Targa Florio en 1928 et 1929), cette fusée posée sur roues sacrifie donc un peu de vitesse de pointe sur l’autel de l’agilité et de l’aérodynamisme. La stagnation, voire le recul, des performances pures est contrebalancée par une efficacité accrue sur circuit. En effet, à en croire ses concepteurs, la Divo colle respectivement 8 et 3 secondes au tour à la Chiron et à la Chiron Sport sur le circuit de maniabilité de Nardo (Italie).

Réaliser un tel exploit n’a pas été une mince affaire. La Divo a perdu 35 kg par rapport à la Chiron et 17 kg par rapport à la déclinaison Sport, mais flirte toujours avec les deux tonnes. Elle a eu recours, pour ce faire, à des sièges baquets inédits et à des habillages et des inserts plus légers (intérieur revêtu de suédine, fibre de carbone, etc.). Elle a aussi fait fi de quelques isolants.

La direction revue, bien plus vive, devrait participer également au gain d’agilité, comme l’important travail qui a été consenti au niveau du châssis, des amortisseurs, du refroidissement du système de freinage…

Un vent de folie…

Les améliorations aérodynamiques considérables et leur corollaire, le look de la bête, forcent réellement le respect. En réduisant sa vitesse maximale par rapport à celle de la Chiron et en lui offrant un kit carrosserie monumental (spoiler avant plus ajouré, entrées d’air au niveau du capot, aileron et diffuseur arrière revisités), les concepteurs de la Divo sont parvenus à obtenir un carrossage négatif et une meilleure déportance (+90 kg), pour atteindre un total de 456 kg d’appui à 380 km/h. Cette Bugatti peut désormais être soumise à des accélérations latérales plus brutales (jusqu’à 1,6 G) ! Tout ceci est bien beau, mais les 2,35 millions d’euros de plus réclamés pour cette Divo par rapport à la Chiron n’en demeurent pas moins injustifiés. Surtout si on mesure cette inflation à l’aune de celle observée entre la Chiron et la Chiron Sport, somme toute assez proche de la Divo en matière d’efficacité, tout en maintenant ses tarifs sous la barre des trois millions. 

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